Il y a vingt ans, un Etudiant Entrepreneur m’a parlé de sa définition de l’entrepreneur. Je l’ai gardée en tête. « L’entrepreneur est un être passionné, épris de liberté, qui se construit une prison sans barreaux ». Elle m’apparaissait et m’apparaît encore révélatrice des dimensions essentielles du comportement entrepreneurial : la passion, la création et la liberté d’entreprendre. Et ce, dans un monde qui a tendance à formater les individus et à les enfermer dans des systèmes, des prisons parfois dorées, à l’intérieur desquelles passion, initiative et liberté ont peu de place.

Que sont les incubateurs sinon des systèmes sociaux qui cherchent avant tout à survivre et se développer dans des milieux de plus en plus concurrentiels ? Doivent-ils construire l’idée que la création d’entreprise peut être modélisée, outillée et que l’entrepreneur peut être assimilé à un idéal type de manager ?

Dans un monde en profonde mutation, les incubateurs en général et ceux dédiés aux étudiants ou jeunes diplômés, pourraient utilement s’interroger sur leur raison d’être, d’un double point de vue.

Celui de la société, tout d’abord. Quelle valeur nouvelle, nous incubateurs, apportons à la société ? Quel est notre impact réel sur le développement des start-up incubées et des entrepreneurs ? Quels sont les effets de notre activité sur les transitions démographiques, économiques, écologiques et environnementales ? Tout cela peut être traduit dans des indicateurs et être mesuré, mais certainement pas en affichant régulièrement des taux de survie à 3 ou 5 ans, un nombre d’emplois créés, des niveaux de chiffre d’affaires, etc. Nous savons tous combien, entre autres sources de dérive, les biais de sélection à l’entrée peuvent fausser ces résultats. Il nous semble que les incubateurs gagneraient en légitimité sociétale s’ils s’engageaient (ou étaient engagés) dans des démarches d’évaluation systématique.

Le point de vue des Étudiants Entrepreneurs ensuite. Comment les aider à grandir dans le monde de l’entrepreneuriat sans diminuer leur passion et restreindre leur créativité et leur sentiment de liberté ? Beaucoup de choses intéressantes ont été écrites sur l’accompagnement des entrepreneurs, les postures d’accompagnement et leurs conséquences, mais force est de constater que la mise en application concrète est loin d’avoir été réalisée.

Un des enjeux majeurs de l’incubation, au-delà du projet de start-up, est d’apprendre à un individu à devenir un entrepreneur, à penser, décider, agir dans des situations entrepreneuriales. Loin d’une dimension ‘technique’, la réussite d’un processus d’incubation devrait être appréciée à l’aune de la transformation des individus incubés. Quelle certitude avons-nous aujourd’hui sur le fait que les personnes qui sortent d’un incubateur après des mois de ‘traitement’ ont véritablement endossé les habits, l’état d’esprit, les réflexes et les comportements de l’entrepreneur ?

Alain Fayolle, Professeur EMLyon business school, Distinguished Professor of Entrepreneurship, Associate Editor of JSBM

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